Appréciation de la situation conjoncturelle actuelle – mars 2012

Les premiers mois de l’année 2012 ont été marqués par une légère amélioration de l’environnement financier européen. Si cette éclaircie laisse espérer à terme un contexte plus favorable pour la croissance européenne en général, et luxembourgeoise en particulier, certains indicateurs, notamment internationaux, restent emprunts d’incertitude. Or, nul besoin de rappeler l’importante ouverture, et donc sensibilité, du Luxembourg aux influences extérieures.

Alors que les chiffres macroéconomiques aux Etats-Unis restent de bon augure, la croissance chinoise connaît un ralentissement. L’indice PMI mesurant l’activité manufacturière en Chine est resté en-dessous des attentes et recule pour le cinquième mois consécutif. Les prix des produits pétroliers restent également élevés, ce qui constitue un frein à la croissance économique à court et moyen termes.

L’activité s’est repliée dans la zone euro, aussi bien dans l’industrie manufacturière que dans les services. L’indice IFO évaluant le climat d’affaires en Allemagne ne croît que faiblement au mois de mars et les prévisions ne connaissent pas d’amélioration notable.

Quant à la situation luxembourgeoise, la production industrielle a enregistré sur l’ensemble de l’année 2011 un recul de 3,6% par rapport à 2010, alors que la zone euro connaît une hausse de +3,5% sur la même période. Les opinions des industriels pour les 3 premiers mois de 2012 sont peu favorables.

S’agissant de la situation sur le marché du travail, la hausse de l’emploi salarié intérieur tend à se modérer au dernier trimestre 2011 avec +0,6%. La progression de l’emploi s’avérant insuffisante pour absorber le flux croissant de chômeurs[1], le taux de chômage retrouve début 2012 son niveau record de la fin 2010. En février 2012, le taux de chômage, corrigé des variations saisonnières, atteint 5,9%. Selon le Comité de prévision[2], et à politique inchangée, le taux de chômage pourrait atteindre 7,8% en 2014 et 7,7% en 2015.

Selon les dernières prévisions du STATEC, le PIB a connu une croissance de +0,8% au cours du 4e trimestre 2011 par rapport au même trimestre de l’année 2010, l’économie luxembourgeoise n’étant donc pas en récession, comme préalablement estimé. La première estimation de l’évolution du PIB pour l’année 2011 table sur une croissance de +1,6%, ce qui reste nettement en-deçà des performances luxembourgeoises préalablement à la crise.

Bien que l’endettement du Luxembourg demeure relativement modéré par rapport à celui d’autres pays européens, la crise de 2008 a fait basculer le budget de l’Administration publique dans le rouge en 2009 suite à l’augmentation de certaines dépenses et à la diminution des revenus de l’imposition. Selon les experts[3], à politique inchangée, le déficit dépasserait, dès 2013, la limite de déficit autorisée par le Pacte de Stabilité et de Croissance européen de 3% du PIB et ce, pour au moins trois
années consécutives (-4% du PIB en 2013 et -3% en 2014 et 2015). Dès lors, la dette publique augmenterait à 12,230 millions EUR, soit 24,11% du PIB, en 2015. Quant au coût de la dette publique, il passerait de 214 millions EUR (0,5% du PIB) en 2011 à 336 millions EUR (0,7% du PIB) en 2015.

Dans de telles conditions, atteindre l’équilibre budgétaire en 2014 paraît compromis, voire  impossible, en l’absence de mesures structurelles suffisamment incisives. Si durant les années de crise, c’est-à-dire après 2008, le Gouvernement a gardé volontairement les dépenses à un niveau élevé afin de relancer la conjoncture, il est à présent primordial de freiner le rythme de croissance des dépenses courantes.

D’autres indicateurs sont analysés dans la rubrique Photo mensuelle de l’économie de l’édition 2/2012 du Merkur, qui propose également une appréciation de la situation conjoncturelle luxembourgeoise par un Chef d’entreprise. Dans cette édition, Monsieur Christian Thiry (société Karp-Kneip Constructions) a eu l’amabilité de nous fournir son appréciation.


[1] Source : STATEC.

[2] Le Comité de prévision est
composé de représentants des ministères et administrations suivants : Ministère
des Finances (IGF, Trésorerie de l’Etat), Administration des Contributions
directes, Administration de l’Enregistrement et des domaines, Administration
des Douanes et accises, Ministère de l’Economie et du Commerce extérieur,
Ministère de l’Intérieur et à la Grande Région, STATEC, IGSS, CSSF.

[3] Ibidem.


 

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